Après un dernier regard pour le lac Pichola et les palais d'Udaipur, il a bien fallu se résoudre à quitter cette ville magique. Ce sera donc Mount Abu, ainsi que me l'a suggéré Isha. C'est une localité située à 1200 m. d'altitude à l'extrémité de la chaîne des Ârâvalli, à 100 km d'Udaipur, connue comme grand lieu de pèlerinage jaïn et en tant que station de montagne. Un tuktuk m'a conduit ce matin à une agence de bus où un car Tata assurant la liaison directe était prêt à partir. Nous sommes arrivé vers 12 h 30. J'avais réservé une chambre par l'internet mais quand je me suis présenté au Lake View, le type n'était pas au courant. Il n'avait pas de connexion. Il m'a toutefois loué une chambre avec vue sur le lac pour 1900 roupies (35 euros). L'hôtel relève, comme souvent dans cette catégorie, du grand n'importe quoi. Quand au lac, c'est à pleurer surtout quand on arrive de l'élégante Udaipur. Cela s'appelle Nakki lake. Le nom vient de ce qu'il a été creusé par les dieux avec les ongles ! Il est sacré, bien sûr, comme tout en Inde. Mais la couleur ! il faut voir cette incroyable couleur marron-beige d'un glauque impossible à associer à une quelconque idée du divin. On entend des cris d'enfants qui ont l'air de s'amuser. En réalité, Mount Abu est une sorte de parc d'attraction, avec manèges branlants, ice-cream et boutiques de souvenirs bourrées de produits chinois. Mount-Abu, c'est le temple du jainism and entertainment, l'endroit où les dieux prennent leur pied !
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| Chauffeur du bus dans la montée vers Mount Abu. |
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| Hôtel Lake View entre une US Pizzeria et un Crocodile Park. |
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| Ma chambre. |
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| Ma collection d'interrupteurs électriques. Une spécialité indienne déconcertante. |
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| Ma terrasse avec vue et balancelle. |
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| Le Nakki Lake et sa couleur glaiseuse. |
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| Toad Rock. Le crapaud s'apprête à sauter dans l'eau du lac. |
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| Dans le ventre du crapaud. |
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| Banian dans le parc de la Jaipur House, un bel endroit. |
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| Une belle moto Enfield. |
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| Jaipur House en haut, Crocodile Park en bas. |
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| Mother India, Ganesh Road. Elle est un amalgame de toutes les déesses de la culture indienne et plus significativement de la déesse Durga. |
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| Nakki Lake le matin vu de la rive occidentale. |
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| On oublie bien vite Mount Abu (désolé Isha) et on se met en route pour Ranakpur. |
Ouf, me voilà casé. Pas à l'hôtel Shilpi, un hôtel gouvernemental recommandé par le guide vert Michelin mais qui s’est révélé être une catastrophe. Tout y est délabré, pas de client, pas de bar, rien aux alentours. Il faut dire que Ranakpur n'est pas une ville, pas même un village. Un temple jain réputé et quelques maisons paysannes. J'ai demandé au gars du Shilpi s'il n'y avait pas quelque chose de décent dans le coin. Il devait avoir l'habitude car il m'a aussitôt conduit avec sa moto à un hôtel qui se trouvait plus bas. Ça avait l'air de l'arranger que je ne prenne pas de chambre chez lui, d'autant qu'il avait l'air bien copain avec le patron de l'autre hôtel. Celui-ci est agréable, pas très cher et il y a de la bière fraiche en quantité dans le grand frigo du bar. Ils font aussi restaurant, ce qui est bien pratique ici. J'ai quitté Mount Abu ce matin sans regret. Un premier bus, une antiquité robuste adaptée aux routes difficiles. Le voyage jusque Sadri a duré longtemps à cause des arrêts à répétition. Au début, ça roulait bien, mais quand le bus s'est mis à faire des détours pour aller dans les villages, ça n'en finissait plus. Le trajet a duré 6 h pour faire 200 km. À l'arrivée à Sadri, le bus était plein comme un œuf, il faisait une chaleur à crever et j’ai été soulagé de descendre. Le chauffeur, plein de bienveillance, m'a payé un masala chai au bistrot du coin. Bistrot est bien sûr une façon de parler pour désigner les gargotes indiennes. Il m'a expliqué que je devais attendre ici un autre bus pour atteindre Ranakpur seulement distant de 9 km. Une vieille femme dans le bus m'a demandé mon âge et, je ne sais pourquoi, ça la fit beaucoup rire. Elle venait peut-être de gagner le pari qu'elle avait fait avec son voisin. Une jolie fille est montée à un arrêt mais un imbécile était déjà assis à côté de moi. Nous nous sommes contentés de quelques regards et je jurerais qu'elle m'a souri. Mon nouvel hôtel ne propose pas la WIFI mais on va faire comme si cela ne me manquait pas. Il n’est non plus un exemple de propreté. C’est encore acceptable. Je partage ma chambre avec deux lézards retords que je n'ai pas réussi à dégager. Ils sont planqués quelque part, dans les plis des rideaux ou sous le lit, immobiles.
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| Une branche de bougainvillier à Ranakpur. |
Je me réveille au chant des oiseaux. J'aime bien être ici. Les gens sont plus sympas que dans les zones touristiques. Je vais au lac. Un lac retiré dans ses ultimes fosses à cette période l’année. Avec tout autour la terre rouge, chaude et féminine qui commence à se fendiller et à se diviser en blocs appelés eux-mêmes à se disséquer. Des oiseaux, des grands, des petits, des blancs, des noirs, des colorés. Un garçon marche d’un pas résolu en direction d’une paillote, une gamelle à la main. Il s’assoit à l’ombre sur une natte et reste là, immobile. La gamelle doit contenir son repas de midi. J’essaye de lui parler pour lui demander ce qu'il fait mais il ne connait pas l’anglais. Il plante des légumes me dira plus tard l’homme à tout faire de l’hôtel. D’accord. Il doit aussi passer pas mal de temps à méditer aux corneilles. Je parcoure les sentiers sans savoir où ils mènent. Je vois un petit crocodile qui se précipite vers l’eau pour se cacher dans un nuage de vase à mon approche. Il fait chaud mais il y a parfois des places ombragées parcourues de souffles agréables. Il n’y a personne. Les seuls sons qui me parviennent, c’est le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles.
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| Moooh ! (Meuh en hindi). |
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| Celui-la n'a pas l'air commode. Filons. |
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| Revoilà un arbre de Loong. Celui-la est habité. |
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| Entrée du Temple jain de Ranakpur. |
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| Il n'y a pas deux piliers semblables parmi les 420. Je n'ai pas vérifié. |
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| Coupole centrale. |
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| Les environs du temple ne sauraient être sans le bougainvillier... |
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| Et le banian. |
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| La route de Sadri (N°32) est belle et ombragée. Et la circulation y est extrêmement modérée. |
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| Tracteur Massey Fergusson 241 DI et sa petite batteuse ambulante. Le battage peut ainsi se faire sur place dans le champ. |
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| Professionnels du battage et paysans en discussion. |
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| Dans la cour d'une maison. Installation ou totem, cherchez la divinité. |
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| Végétation entre route et lac. |
Calme, l'hôtel Poonam, ce n'était pas le cas la nuit dernière. Au milieu de la nuit, une bande d'Indiens braillards à la recherche de chambres a fait irruption dans le lieu. Ils étaient 14, m'a dit le polyvalent, que des hommes. En Inde, que ce soit dans les transports, au téléphone ou dans les lieux en principe dévolus à la tranquillité, on ne fait pas dans la discrétion. "Chuchoter ? Ce mot n'existe pas dans le dictionnaire des Indiens", m'a dit Isha en riant. L'Indien serait-il à ce point peu soucieux des nuisances ? Il accepte celles des autres sans se plaindre sachant que demain ce sera peut-être lui le gêneur. Cela ne l'empêche pas par ailleurs d'être d'une grande délicatesse. Il fait de plus en plus chaud. Je suis rentré harassé d'une marche de 3 h ce matin. Il est impossible de vadrouiller entre 10 et 17 h.
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| Au milieu de la journée, il fait plus de 40°. Je garde la chambre en contemplant le ventilateur et en remerciant le ciel que les autres locataires se soient éclipsés. |
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| Retour au lac. Après 18 h, il fait bon. |
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| Photo pour Isha. Non, ce n'est pas moi qui ai dessiné ce cœur sur le béton de la digue, Isha. |
Elles s’appellent Niram et Goshi, elles ont 7 et 10 ans, elles sont bergères et savent écrire leur nom. Pieds nus, elles courent dans les sentiers tapissés de pierres et d’épines. Leurs pieds sont déjà calleux comme ceux des éléphants. Elles se penchent sur l’eau du lac et portent à leurs lèvres un peu d’eau recueillie dans la paume de la main. Elles sont mignonnes et rient quand elles m’entendent parler dans mon drôle de langage.
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| Les champs de céréales prospèrent grâce au lac et à son barrage. |
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| Gerbes et moyettes attendent la batteuse. |
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| Retour à la maison. |
Les olibrius de l’hôtel sont partis ce matin en faisant un grand ramdam. Le calme est revenu mais moi aussi je dois partir. En fait, je ne dois rien du tout. Je pourrais rester plus longtemps mais pour faire quoi ? Visiter d’autres temples ? Ils se ressemblent tous. Et puis je vais profiter que deux jeunes Français sont ici avec leur chauffeur pour aller à Jodhpur avec eux. J’ai revu les deux gamines accompagnées d’autres enfants. Deux autres fillettes portaient des fagots sur leur tête. J’ai fait signe à un garçon de porter le fardeau à la place d'une des filles. Ce qu’il a fait mais il s’est empressé de refiler le fagot à sa sœur dès que j’ai eu le dos tourné. Ils m’ont dépassé et, un peu plus tard quand je suis passé devant leur maison, ils étaient tous là pour me saluer. Une jeune fille, un bébé dans les bras, m’a taxé quelques roupies.
| Bonus vidéo. |


















































































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