Delhi 2


India, Delhi, Jan Path, banian, © L. Gigout, 2017
Je suis toujours fasciné par ces banians magnifiques. Celui-là se trouve dans la cour du centre maçonnique, Jan Path.
India, Delhi, Jan Path, mystiques hindous, © L. Gigout, 2017
Dans un parc du côté de Jan Path qui semble dédié à la contestation et aux manifestations diverses, ce rassemblement de joyeux drilles. "C'est quoi tous ces gens (worry) si effrayants ? Je ne comprends même pas ce qui est écrit sur le panneau. C'est une langue sud-indienne hors de compréhension..."

India, Delhi, Connaught Place, Delhi Street Art, autonomisation des femmes, street art, © L. Gigout, 2017
Radial Road Number 7 (Connaught Place), peinture murale signée Delhi Street Art. Cette fresque fait partie d'un triptyque en faveur de l'autonomisation des femmes sur terre, dans les airs et sur l'eau. 

Le jour de mon départ, je reviens au carrousel de Connaught Place avec ses avenues circulaires et son Central Park. Il faut faire le tour de la place pour trouver l'entrée de la pelouse indigente et, si l'on veut boire un verre, il faut s'aventurer dans des escaliers étroits et peu engageant qui donnent accès à des espaces surdimensionnés réfrigérés par un air conditionné glacial. Le long de Jan Path Road se trouvent des boutiques qui vendent à peu près toutes la même chose : cachemire et bijoux bon marché. Je m'y engage à la recherche de bricoles originales pour mes filles et d'un instrument de musique traditionnel pour un ami qui en fait la collection. On me propose des gongs et des flutes de charmeurs de serpent. Le vendeur d'une échoppe me prend à l'écart pour me dire que tout ça c'est rien que de l’attrape-touristes et me propose d'aller voir de vrais antiquaires qu'il connait. Il recrute aussitôt un tuktuk et nous voilà partis. Je suis pressé mais je suis mon gaillard tout en n'étant pas très sûr que ce soit une bonne idée. Nous voyons des antiquaires qui me proposent des cithares très belles mais très encombrantes et une clarinette grossière mais garantie cent pour cent séculaire. Pour gagner du temps, je décide de demander précisément la clarinette qui a pour nom "shehnai" selon la suggestion d'Isha quand je lui ai posé récemment la question. Le vendeur dit qu'il a compris et nous repartons en tuktuk pétaradant faire un gymkhana périlleux dans la circulation dense en direction d'Old Delhi. Ne vous inquiétez pas, j'ai l'habitude, dit le chauffeur en voyant mon inquiétude. Mais si je suis inquiet, c'est parce que le temps passe et que je veux rentrer à Defence Colony pour boucler ma valise car je prends l'avion le soir même pour Paris. Nous arrivons quelque part, dans une double avenue encombrée, le vendeur descend alors que le chauffeur entreprend de faire un détour pour revenir dans l'autre sens de la circulation. J'essaye d'évaluer le temps pour revenir à Jan Path et finalement je perds patience. Je donne cinq cents roupies au chauffeur et le plante là. Je trouve rapidement un autre chauffeur auquel je demande de me conduire au métro le plus proche.

Le métro fonctionne bien et la connexion directe avec l'aéroport est appréciable quand l'épouvantable capharnaüm de la circulation avec ses bouchons récurrents rendent incertains les temps de déplacements routiers. Le quartier de Defence Colony où habitent mes amis est calme et réservé à l'élite. Pour le reste, Delhi est dense, bruyant et pollué. Le plus difficile, c'est l'été avec les fortes chaleurs, l'humidité et la pollution aux particules fines. Delhi est certainement doté d'un métabolisme particulier qui lui permet de survivre malgré son niveau élevé d'entropie. On aurait envie de demander jusque quand ?


India, Samode, Aapno Heritage, Bhanwar Lal Kumawat, peinture, © L. Gigout, 2017

Je pars, je vais partir, je suis parti. J’aurais pu rester plus longtemps. Je n’avais rien d’autre à faire, j’avais un visa jusque début mai et j’avais acheté un aller simple pour me donner toute latitude quant à ma date de retour. De retour à Paris, je suis insatisfait de ce séjour. Déçu, oui. « Vous êtes nostalgique de votre ancien voyage » m’avait dit la perspicace Isha. Il y avait un peu de ça. Je n'aime pas la nostalgie car elle nous empêche de vivre le présent. Mais elle nous saisit parfois et il faut faire avec. Mais pas seulement la nostalgie, Isha. Tout ce bruit, toute cette circulation effrayante, ces embouteillages, cette chaleur au Rajasthan, ce froid humide à Darjeeling ont fini par me décourager. Et ces temples qui se ressemblent tous. J’ai été heureux de rendre visite à mes amis et de passer quelques jours avec eux et Udaipur fut un ravissement. Le reste, moyen. Je ne regrette rien, mais moyen. Il est vrai aussi que je suis parti dans une disposition d’esprit inadéquate. Quelques jours après mon retour à Paris, pourtant, l’Inde où les textes philosophiques sont les plus abondants du monde (
quoiqu'en dise par ailleurs mon cher Philippe) me manque déjà. C'est sans doute que, comme l'affirme Antonio Tabucchi dans son beau Nocturne indien, "dans le souvenir, comme cela arrive toujours avec les souvenirs, décantée des sensations immédiates, des odeurs, de la couleur, de la vision d'une certaine bestiole dans le lavabo, la circonstance prend une dimension un peu vague qui améliore l'image. La réalité passée est toujours moins pire que ce qu'elle fut effectivement : la mémoire est un formidable faussaire. "

J'aurais dû partir plus tôt de manière à éviter la redoutable canicule. Ou bien attendre octobre. Je ne sais pas. C’est toujours comme ça, j’improvise et j’enrage.

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